Délégationde Champagne Sud

Accueil des migrants

Soirées de sensibilisation à Troyes

« Accueillir l’étranger », tel était le thème des deux soirées proposées par le Centre diocésain de formation du diocèse de Troyes en partenariat avec la délégation Champagne Sud du Secours Catholique. La première soirée, organisée le mardi 30 janvier, proposait les témoignages de personnes engagées dans l’accueil et l’accompagnement des migrants. La deuxième soirée, qui a eu lieu le mercredi 7 février, s’articulait autour d’une conférence portée par Louise Avon, vice-présidente du Secours Catholique-Caritas France chargée des questions internationales.

Les intervenants de la soirée de sensibilisation.

publié en avril 2018

Des parcours différents, des histoires différentes, des sensibilités différentes, mais pourtant, pour chacun des témoins de la table ronde du 30 janvier, une même volonté de s’ouvrir à l’autre. Citoyen engagé, institutrice, élu local, professionnel de l’action sociale, militant associatif, chaque témoin a pu mettre des mots sur ce qui anime son engagement.

Ils le font, ils nous en parlent

Un premier témoin fait référence à une expérience personnelle vécue en Afrique, où lors d’un incident matériel, la solidarité et l’entraide s’expriment tout naturellement, sans peur et sans retenue, de la part des populations locales. Et une question qui trotte dans la tête aujourd’hui : « Pourquoi, en France, on taillade les tentes de ceux venus de loin qui se mettent à l’abri ? » Révolte et malaise intérieurs… alors pourquoi ne pas se mobiliser pour des actions simples : offrir l’hospitalité, entrer en relation, vivre le quotidien avec la personne migrante ?

Une autre intervenante, institutrice, exprime l’obligation qu’a l’école d’accueillir sans distinction tous les enfants. Professionnelle, la maîtresse sent bien chez les enfants leur histoire terrifiante faite de fuite, d’exil, de perte de repères, de violences vécues. Un souhait l’anime : tout faire pour bien accueillir ces enfants et faire face aux réticences de l’accueil. Et finalement, c’est l’innocence de l’enfance qui l’emporte. « Les enfants ne se posent pas de questions, ils ont des copains, quelles que soient leurs origines. »

L’élu, quant à lui, fait référence à sa propre histoire – « moi aussi je suis issu d’une famille d’exilés » – et une image est gravée dans sa mémoire, celle d’une malle, seul souvenir symbolique de l’arrivée de ses ancêtres en France. Dans cette malle, toutes leurs affaires, toute leur histoire. Et une conviction forte : le devoir d’accueillir cette réalité de notre époque et de la prendre comme une chance pour couper court à toutes les oppositions. Chacun à son tour exprime son combat pour la dignité, le respect des droits humains, une forme de devoir à accomplir pour l’humanité.

Et pourtant, les freins sont bien réels : complexité des parcours, durée des procédures, inactivité forcée des personnes, difficultés de l’accès aux soins, manque de moyens pour accueillir dignement et efficacement, fantasmes de la peur et de la jalousie, etc. Habités par une vraie croyance en l’homme, ces témoins, par leurs expériences, montrent les richesses de l’accueil de l’autre : c’est précieux, ça fait grandir, ça enrichit. Ça passe par des choses simples, de la vie de tous les jours.

Ari, migrant et témoin, lui aussi a vécu ce parcours chaotique. Il le confirme : « J’ai tout fait pour me débrouiller, j’ai fait ce que j’ai pu. Mais ce qui m’a le plus servi, c’est la rencontre des gens, la découverte de la culture en France. Oui, j’avais la peur de la nouveauté mais je l’ai dépassée, petit à petit. Ce que j’ai vécu, c’est une grande joie, c’est formidable ! »

Répondre à l’appel du pape François

Dans la continuité de ces témoignages objectifs et pleins d’espérance, Louise Avon, lors de son intervention du 7 février, pose très vite le cadre posé par le pape François : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer.

Face aux réticences des pays développés, le pape insiste sur le devoir des chrétiens de prendre en compte le bien commun, le bien de tous et de remettre la personne humaine au cœur de nos sociétés. Accueillir, ça peut être difficile mais ce doit être inconditionnel ; protéger, c’est le devoir des États signataires de la convention internationale des droits de l’homme ; promouvoir, car chacun doit apporter sa contribution là où il vit ; intégrer, car c’est une richesse de découvrir l’autre.

Et pourtant, rien n’est simple, il faut du temps et les peurs s’expriment. Mais il y a urgence à sortir nos sociétés de leur vision sécuritaire. Juste pour se redonner des repères historiques, par le passé, ce sont les européens qui ont migré, la roue tourne. Cependant, à l’échelle mondiale, les migrations ne représentent que 3,5 % de la population mondiale, donc une minorité. L’impact sur nos sociétés occidentales est lui aussi minime, 85 % des exils se font dans les pays en voie de développement. Alors, cassons les barrières !

Forte de son engagement au Secours Catholique, Louise Avon insiste sur la nécessité de prendre en compte la parole des personnes. Leurs expériences sont très utiles pour déconstruire les idées reçues. Et de conclure que c’est donnant-donnant : « d’expérience, je peux le dire, toutes les actions qui favorisent l’accueil nous humanisent ».

Cyril Pierson
Délégué permanent du Secours Catholique pour la Champagne Sud

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