Délégationde Champagne Sud

Langres

Marche Migrants

Au début de juin, les équipes du Secours Catholique Champagne Sud ont pu se montrer solidaires de l’Auberge des Migrants, un collectif de militants engagés dans l’accueil des réfugiés, luttant contre le blocage des frontières et le délit de solidarité. Par l’organisation d’une marche traversant la France sur 1 400 km, les volontaires calaisiens souhaitaient ainsi éveiller largement la population au parcours, long et difficile, rencontré par les exilés. Porteurs d’espoir, à chaque étape, ils prenaient le temps de l’échange et de la rencontre avec les associations locales, provoquant parfois joie et émotion, comme ce fut le cas ici, à Langres. Surprenant témoignage…

Marche Migrants, Langres, 4 juin 2018.

publié en septembre 2018

« Bonjour, je m’appelle Abdulmatin, je suis afghan. J’ai quitté mon pays car il y a la guerre civile avec beaucoup d’attentats et de meurtres. J’étais en danger de mort. J’ai marché longtemps et traversé beaucoup de pays : Pakistan, Iran, Turquie, Grèce, Macédoine, Kosovo, Serbie, Hongrie, Autriche, Allemagne, pour enfin arriver en France. Je voulais aller en Angleterre. Je vivais dans un Bunker à 500 m de la plage avec beaucoup d’autres personnes. C’était très dur.

Mais j’allais tous les jours à Calais, dans la maison du Secours Catholique. Je m’y sentais bien, on m’a écouté, on m’a aidé à faire mon dossier de demande d’asile et j’ai pu, à mon tour, rendre des petits services. Je suis resté quarante-cinq jours à Calais puis ça a été le démantèlement.

Je suis arrivé à Langres, un peu par hasard : comment choisir quand on ne sait pas ce qui nous attend ? Je me plais à Langres, c’est une petite ville, les conditions d’hébergement au CAO (centre d’accueil et d’orientation) sont correctes et beaucoup de bénévoles sont là pour s’occuper de nous et nous accompagner.

Je me suis fait des amis français, ils s’occupent bien de moi : c’est une vraie famille pour moi. Ils m’aident dans ma demande d’asile, que je n’ai toujours pas obtenue. Attendre, toujours attendre !!!

Et mon cœur souffre quand je pense à ma famille qui est restée en Afghanistan : mes parents, ma femme et mes trois enfants. J’ai beaucoup de peine et beaucoup d’inquiétude car je n’ai pas de nouvelles d’eux ; ils ont quitté notre maison, chassés par les Talibans. Ils sont morts ? Vivants ? Ça prend beaucoup de place dans ma tête ! Le 4 juin de cette année, j’ai eu une grande joie quand le groupe de personnes de la “Marche solidaire pour les migrants” est arrivé à Langres. Avec l’aide du CADA de Langres (centre d’accueil de demandeurs d’asile) et d’autres associations, nous avons accueilli et accompagné ces personnes dans leur marche, en déroulant la banderole des drapeaux de toutes les nationalités. C’était beau ! Et j’ai été très content de retrouver, parmi les marcheurs, une jeune femme bénévole au Secours Catholique de Calais. Ça fait chaud au cœur de se sentir soutenu et accompagné mais je vis toujours dans la peur d’être débouté et de ne pas pouvoir revoir ma famille. »

Témoignage recueilli par Aleth Bredelet
Bénévole référente de territoire

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